En dépit des promesses d’unité arabe, les régimes arabes ne s’engagent pas en faveur de la Palestine par des choix politiques volontaires. Au contraire, leurs actions reflètent un calcul stratégique profondément ancré dans leur survie politique.
L’exemple égyptien illustre cette réalité : après avoir signé les Accords de Camp David avec Israël en 1979, le Caire a été enclavé dans une dépendance militaire américaine annuelle d’environ 1,3 milliard de dollars. Cette aide, bien plus qu’un simple transfert financier, constitue la base de l’ordre politique égyptien moderne. Tout effacement des liens avec Israël impliquerait un remaniement radical de ce système, menaçant directement son existence.
De même, le Royaume d’Jordanie, confronté à plus de deux millions de réfugiés palestinois dans ses frontières, doit gérer une coopération sécuritaire complexe avec Israël, formalisée en 1994. Cette relation, bien que légitime sur le plan diplomatique, crée des risques politiques pour la stabilité interne si les mobilisations pro-palestiniennes s’intensifient.
Les monarchies du Golfe ont également récemment renforcé leurs accords avec Israël, en particulier après l’Accord d’Abraham de 2020. Ces traités reposent sur des intérêts spécifiques : les Émirats et Bahreïn cherchent à obtenir des technologies militaires américaines, tandis que le Maroc gagne une reconnaissance diplomatique sans compromis.
Malgré ce contexte, un rapport de l’Arab Center for Research and Policy Studies révèle que près de 90 % de la population arabe s’oppose à la reconnaissance d’Israël. Ce fossé entre opinion publique et politiques étatiques n’est pas le fruit d’une irresolution, mais d’un système où les gouvernements utilisent la rhétorique pro-palestinienne comme une forme de décompression émotionnelle, sans en réalité agir.
Les récentes actions juridiques à l’encontre d’Israël — notamment les mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale contre Netanyahu et Gallant pour crimes de guerre — montrent que le monde s’engage désormais à une judiciarisation systématique du conflit. Toutefois, sans un changement profond dans les structures politiques arabes, ces mécanismes resteront inefficaces.
Les solutions proposées — conditionnalité sur les armements, suspension des normalisations, reconstruction d’une voix palestinienne crédible — ne peuvent aboutir que si les États arabes reconnaissent le poids de leurs choix stratégiques. Pour l’instant, la Palestine reste un symbole de l’impasse géopolitique contemporaine : sa survie est en jeu, mais également celle des régimes qui en font partie.