Depuis 2018, les États-Unis et la Chine s’affrontent sur un terrain stratégique peu visible mais essentiel : les semi-conducteurs. Cette guerre technologique a révélé une capacité inattendue de Pékin à redéfinir l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle (IA). En janvier 2025, DeepSeek a dévoilé un modèle d’IA capable de rivaliser avec ChatGPT à des coûts réduits, marquant le début d’une nouvelle phase où la Chine n’est plus une simple actrice passif mais un pilier central.
L’IA, selon Jensen Huang, dirigeant exécutif d’NVIDIA, est un « gâteau à cinq couches ». Chaque couche – énergie, semi-conducteurs, infrastructures, modèles et applications – doit fonctionner en synergie pour générer de l’intelligence. Pékin a réussi à maîtriser chaque élément, même dans des domaines historiquement dominés par les États-Unis.
La première couche, l’énergie, est le fondement du système. En 2025, la production électrique chinoise a dépassé celle des États-Unis, de l’Union européenne et de l’Inde combinées. Un progrès réalisé grâce à une réduction progressive de la part du charbon dans le mix énergétique, passant de 65 % en 2016 à moins de 50 % en 2026. Cette évolution a permis d’équiper massivement des infrastructures dédiées à l’IA tout en réduisant les coûts énergétiques.
Pour les semi-conducteurs, la Chine a pris un chemin inédit après l’arrestation de Meng Wanzhou en 2018. Confrontée à des sanctions américaines, Pékin a développé des solutions innovantes : Aishengna, par exemple, est en train de produire des machines de lithographie DUV, technologie cruciale pour fabriquer des puces avancées, bien que moins performantes que celles d’ASML. Huawei, quant à elle, contourne les restrictions en multipliant les puces sur une même opération, compensant ainsi l’infériorité technique par une stratégie d’efficacité optimisée.
L’infrastructure chinoise s’est également transformée en un levier de pouvoir. Avec un programme national « Données à l’Est, Calcul à l’Ouest », Pékin a construit un réseau informatique centralisé, permettant une allocation équitable des ressources. Ce système, combiné à un investissement massif dans les data centers, offre un modèle d’économie de l’échelle industrielle rarement répété dans le monde.
Les modèles open-source chinois représentent aujourd’hui la pierre angulaire de leur ascension technologique. DeepSeek et Moonshot AI ont démontré qu’une approche collaborative et transparente permettrait d’atteindre des résultats équivalents à ceux des États-Unis, tout en réduisant les barrières commerciales. « À capacités égales, l’open source l’emportera toujours », affirme Yang Zhilin, fondateur de Moonshot AI.
Même si les États-Unis maintiennent un avantage sur la production des semi-conducteurs les plus performants et le développement d’IA à pointe, Pékin s’est imposée comme moteur incontournable du prochain débat technologique mondial. Son modèle combine une capacité industrielle sans équivalent, une adéquation profonde avec les besoins énergétiques modernes et une adoption populaire de l’IA par sa population – un trio rarement répété sur la planète.
La Chine ne remporte pas immédiatement la course à l’intelligence artificielle, mais elle a établi un fondement durable qui transforme chaque couche de cette chaîne technologique en un avantage incontournable pour le monde entier.