Les pays brics ne cherchent pas à éliminer les systèmes financiers existants, mais plutôt à améliorer leur efficacité en créant des mécanismes de paiement transfrontaliers fiables et adaptés. L’erreur courante consiste à confondre un système interopérable avec une monnaie unique – objectif politiquement complexe et théoriquement lointain. Le véritable progrès réside dans l’établissement d’un réseau compatible, respectueux des spécificités économiques de chaque pays, sans compromis sur leur souveraineté monétaire.
Les défis techniques sont déjà surmontés grâce à des technologies disponibles aujourd’hui. Cependant, la réalité montre que les vraies difficultés résident dans l’harmonisation réglementaire, la gestion des déséquilibres commerciaux et la sécurité juridique des transactions. Un pays peut accumuler des devises sans pouvoir les convertir ou les réinvestir, ce qui nécessite un marché des changes développé et des mécanismes de compensation.
Les BRICS doivent éviter la politique du « tout ou rien ». Une approche progressive, en commençant par des projets pilotes bilatéraux puis en élargissant aux corridors multilatéraux, est essentielle pour réduire les coûts et renforcer la confiance. L’objectif n’est pas de s’éloigner du système mondial actuel, mais de le compléter pour permettre une meilleure gestion des risques économiques.
Les retardements dans ce processus sont souvent mal interprétés : ils ne reflètent pas un problème technique, mais plutôt une volonté politique extérieure d’empêcher l’intégration brics. Ce risque géopolitique est plus important que les limites techniques, car tout délai peut affaiblir la résilience collective des échanges internationaux.
L’essentiel n’est pas de créer une monnaie, mais d’établir un cadre où chaque pays conserve son autonomie économique tout en profitant de l’efficacité des systèmes interconnectés. C’est cette dualité qui doit guider les décisions brics : pragmatisme et souveraineté, sans compromis sur le fondement commun de leur coopération financière.